Aéroport de Notre-Dame-des-Landes : le projet en 10 questions

Faut-il transférer l'aéroport actuel de Nantes vers la petite commune, située au Nord de la ville?

Les électeurs de Loire-Atlantique voteront dimanche. Voici les 10 clés du débat.

 

1 - A quoi ressemblerait le nouvel aéroport? 

La consultation du 26 juin porte sur le projet initial déclaré d'utilité publique en 2008, avec deux pistes pouvant aller jusqu'à 3 600 m. Depuis, le constructeur a redimensionné le projet (à la baisse) afin de réduire la facture et coller au marché nantais. Récemment, Ségolène Royal, la ministre de l'Environnement, a défendu une option à une piste. L'aérogare, aux normes HQE (Haute qualité environnementale), serait d'un seul niveau, avec de nombreuses opérations automatisées afin de réduire les coûts d'exploitation.

 

2 - L'aéroport actuel est-il saturé ou peut-il grandir? 

Avec 4,4 millions de passagers l'an dernier, l'aérogare atteint son seuil de tolérance, surtout l'été. « Étriquée et inconfortable », selon les experts du ministère de l'Environnement. La piste de 2 900 m, avec 49 000 mouvements commerciaux par an, a de la marge. À condition de la refaire à neuf et de l'allonger, selon la Direction de l'aviation civile (DGAC). Un resurfaçage suffit d'après les opposants. Impossible de maintenir l'aéroport sans grands travaux. « L'agrandissement permettrait d'accompagner la croissance du trafic », concluent les inspecteurs de l'Environnement. Mais le souci du bruit restera.

 

3 - De nouvelles destinations en vue? 

Les compagnies ne conditionnent pas l'ouverture de nouvelles lignes au transfert de l'aéroport. Elles regardent d'abord le potentiel de clients. Tiré par le dynamisme de sa zone de chalandise, l'actuel Nantes Atlantique propose déjà 87 destinations vers l'Europe, l'Afrique, l'Amérique. L'ouverture de NDDL ne révolutionnera pas l'offre, le nouvel aéroport n'étant pas dimensionné pour les gros-porteurs comme l'A380 et les vols transcontinentaux. Selon les professionnels, à Nantes, le marché n'est pas suffisant aujourd'hui pour de tels vols réguliers.

 

4 - Trop de bruit à Nantes? 

On ignore précisément le nombre de Nantais réellement exposés au bruit des avions. Datant de 2003, les estimations de 40 000 habitants impactés sont périmées. Il faudrait revoir le plan d'exposition au bruit. Et si le transfert ne se fait pas ? L'arrivée des nouvelles générations d'avions, moins bruyants, se traduirait par une diminution des zones de bruit, assurent les opposants à NDDL. Mais avec l'augmentation du trafic aérien, les populations touchées seraient beaucoup plus nombreuses, affirment les partisans du transfert.

 

5 - Qui gagnerait et qui perdrait au transfert? 

En partant à Notre-Dame-des-Landes, l'aéroport se rapprocherait de Saint-Nazaire, Vannes et Rennes, mais s'éloignerait du centre de Nantes et de la Vendée. Pour les premiers, un accès plus facile, 15 minutes de trajet et le périphérique en moins. Pour les seconds, une distance et un temps de parcours en hausse. Comptez 40 à 50 minutes depuis la gare de Nantes. Les salariés de l'actuelle zone aéroportuaire, qui habitent à proximité, devraient rajouter 50 km de voiture par jour.

 

6 - Le survol de Nantes est-il un danger? 

Malgré des manoeuvres d'atterrissages dérogatoires, hors recommandations internationales, l'aéroport Nantes Atlantique est classé en catégorie 5. Il n'est pas dangereux. Le risque lié au survol de la ville est « très faible et maîtrisé », disait en 2013 des responsables de l'aviation civile. Si NDDL est abandonné, il faudra équiper l'aéroport d'un radar sur site et d'un système de guidage automatique des avions en approche côté Nord. Pour une meilleure sécurité. Mais au prix du redressement de la trajectoire des avions dans l'axe de la piste... et du centre-ville.

 

7 - Quesl impacts sur l'environnement? 

À Notre-Dame-des-Landes, le bocage humide, qui abrite des espèces protégées et régule l'écoulement des eaux vers les rivières, serait en partie détruit. L'État propose des mesures compensatoires, contestées en justice par les défenseurs de l'environnement (procédure actuellement en appel). De leur côté, les partisans du transfert dénoncent le survol actuel du lac de Grand-Lieu en partie zone Natura 2000. Selon les ornithologues, les oiseaux de la réserve ne sont pas gênés, habitués depuis longtemps aux avions.

 

8 - Rénover ou transférer, quelmle facture? 

Rénover Nantes Atlantique coûterait moins cher qu'un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes, mais ce ne serait pas un équipement neuf : 825 millions d'euros contre 992 millions pour une capacité de neuf millions de passagers, selon la DGAC. Les opposants contestent, chiffrant un réaménagement à 175 millions. La rénovation de la piste pèse lourd dans le grand écart : fermeture de l'aéroport trois mois, affirme la DGAC ; des travaux la nuit sont possibles, disent les opposants. Les ingénieurs de l'Environnement évaluent l'agrandissement de Nantes Atlantique à 316 millions.

 

9 - Urbanisme, emplois, quelles incidences? 

Autour de Notre-Dame-des-Landes et pour l'agglo nantaise, l'avenir se décide avec le transfert de l'aéroport. La Métropole compte sur les espaces libérés du bruit pour construire 6 000 logements, des entreprises et donner des aises à Airbus et ses sous-traitants. Côté NDDL, la communauté de communes a déjà négocié des emplois sur un chantier dont elle attend beaucoup. Elle mise aussi sur des nouveaux réseaux de transports. Vision contestée par les opposants qui ne voient rien d'autre qu'un transfert d'activités et prédisent un déséquilibre renforcé entre le sud et le nord de Nantes.

 

10 - Quel que soit le vote, que deviendra la Zad? 

Victoire du oui ou du non, le départ des zadistes n'est aucunement garanti. Si c'est oui, l'engagement est pris de construire l'aéroport. Et les opposants ont déjà prévenu qu'après le 26, « ça sera toujours non ». Sans négociation possible, une évacuation forcée et risquée se profile pour faire place au chantier. Si c'est non, « les personnes qui occupent illégalement des propriétés devront aussi partir », a déclaré hier le Premier ministre, Manuel Valls. Or, ceux qui y élaborent actuellement des projets alternatifs, comptent bien les poursuivre. Autre interrogation : à qui redistribuer des espaces qui appartiennent désormais à l'État?

 

Par Christophe JAUNET, Marc LE DUC et Jean-François MARIVAL

Article publié le : 23/06/2016

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