Aurélien, collaborateur parlementaire, nous éclaire sur la réalité de son métier.

 

En quoi consiste réellement le métier d'assistant parlementaire?  Aurélien Barbé, collaborateur d'un député,  répond à nos questions. 

 

R: Parlez-nous de votre engagement dans le monde politique. Comment êtes-vous tombé dans la marmite parlementaire?

Avec quelles motivations? 

 

AB: Je suis passionné de politique nationale et internationale depuis toujours. En 2012, en parallèle de la préparation de ma thèse de droit public-relations internationales, j’ai saisi l’occasion des élections législatives pour postuler auprès d’un primo-député, Patrice Prat. Nous nous sommes vus plusieurs fois et cela a bien collé entre nous rapidement. J’ai été embauché comme collaborateur parlementaire, et cela dure depuis maintenant un quinquennat ! Entre temps, j’ai soutenu ma thèse en janvier 2015.

En ce qui concerne mon engagement politique, j’ai adhéré au Parti socialiste en 2011 au moment des Primaires et je m’y suis depuis beaucoup investi en prenant progressivement des responsabilités au sein de ma section.

Mes motivations sont assez simples : je crois qu’on fait de la politique d’abord pour « changer la vie » comme disait Mitterrand. En ce qui me concerne, à la fois au niveau national à travers le travail législatif à l’Assemblée nationale mais aussi au niveau du quotidien très concret à travers mon engagement dans mon arrondissement parisien.

La marmite parlementaire est un chaudron et on a l’impression chaque jour de faire l’actualité à son niveau. Rien de plus exaltant et passionnant.

 

 

R: Oeuvrant dans l'ombre mais au coeur du pouvoir, l'assistant parlementaire est objet de tous les fantasmes. Pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste concrètement la vie d'un collaborateur de député? 

Pourriez-vous nous décrire une journée-type, s'il en est? 

 

AB: C’est un métier passionnant pour qui aime la chose publique comme moi. Il faut être drogué à l’actualité. A l’Assemblée nationale, on est au cœur de la machine politique et des enjeux de pouvoir. Mon rôle et mes missions sont très divers et variés. Cela peut être très variable en fonction du député pour lequel nous travaillons.

Pour ma part, je m’occupe du travail législatif (suivi des projets et propositions de loi, rédaction d’amendements, groupes de travail…), de la rédaction des interventions, discours, éléments de langage et notes, des relations avec la presse et le parti, de l’agenda, des sollicitations de toutes sortes de la part des citoyens de la circonscription, du lien avec les cabinets ministériels… D’une manière générale, nous faisons office de « filtre » entre les citoyens et le député. Cela me permet de rencontrer et de nouer un tissu de relations professionnelles important, et de développer une expertise sur une multitude de domaines dont je n’étais pas forcément familier. Il faut en effet un lien de confiance très fort avec son député ainsi qu’une grande discrétion. Il y a d’ailleurs dans notre contrat de travail une clause de confiance…

Une journée type est très difficile à décrire. Par exemple, un mardi ou un mercredi à l’Assemblée nationale : tour d’horizon de l’actualité locale et nationale / Revue de presse des sujets qui touchent le député / Point avec le député sur les dossiers ou courriers en cours / Réunion de groupe / RDV divers / Déjeuner avec le député / Suivi des Questions au Gouvernement (QAG) / Réunion de Commission à l’AN… Entre temps, il peut y avoir des sollicitations pour des passages média, une multitude de demandes et mails à traiter…

 

 

R: Avez-vous des anecdotes sur la vie au Palais Bourbon, où siège l'Assemblée Nationale? 

AB: La blague qui circule actuellement entre ce qu’on appelle maladroitement les assistants parlementaires : « Et toi, c’est qui ton assisté ?! ».

Ou bien ce député bien connu de l’Assemblée nationale qui porte une veste jaune flashy depuis des années spécifiquement pour être bien vu des caméras lors des Questions au Gouvernement…

Pour le reste, il y en a évidemment beaucoup d’autres tant l’Assemblée nationale est une petite ville en soi et un microcosme bien particuliers avec ses acteurs, ses us et coutumes, son decorum…

  

 

R: Quelles sont vos ambitions pour l'après?

AB: Bien évidemment continuer mon engagement politique, sous une forme ou une autre, en étant élu ou en participant différemment à la vie de la communauté. Je crois que la politique n’est pas en soi un métier ; il faut aussi savoir faire autre chose à côté, avoir une activité professionnelle différente, pourquoi pas dans le privé.

Et puis, il faut penser à soi. La vie politique est très exigeante et demande beaucoup de sacrifices, notamment de disponibilités et de temps. Il est bon de parfois prendre du recul sur les choses et sur le tourbillon de la vie pour se demander une nouvelle fois ce qui est important et ce qui l’est moins.

Pour autant, la passion de la politique reste intacte et la vie politique est d’une telle richesse... On y fait des rencontres incroyables, on y apprend beaucoup sur nous-mêmes et sur les autres, on se construit aussi intellectuellement…

 

 

R: Comment percevez-vous le coup de projecteur actuel sur la vie parlementaire? Quels aménagements recommandez-vous? 

 

AB: Je trouve toujours dommageable d’entendre parler du fonctionnement de l’Assemblée nationale, en l’occurrence des collaborateurs parlementaires, seulement sous un aspect négatif, lorsqu’il y a une « affaire »… D’une manière générale, le personnel, les collaborateurs et les députés font un travail formidable en toute intégrité et probité. Il n’est pas normal de jeter la suspicion sur l’ensemble de l’Assemblée nationale du fait de quelques cas graves.

Pour autant, il y a des déficiences dans le système. Dans le cas concret des assistants parlementaires, je suis favorable à une interdiction stricte de l’embauche d’un collaborateur appartenant à la famille du député (femme, enfants…). Il faut également surveiller les pratiques des embauches croisées (« j’embauche ton fils et tu embauches ma fille… »).

Par ailleurs, il faut revoir de fond en comble notre manière de travailler à l’AN pour donner des gages de transparence et d’intégrité. Il en va d’une confiance retrouvée des citoyens envers leurs élus. Quelques pistes de réflexion :

- Suppression ou réforme des Questions au Gouvernement qui relèvent plus du théâtre que du débat politique utile.

- Encadrement plus strict de l’IRFM (Indemnité Représentative des frais de Mandat) pour les frais de mandat des députés avec un contrôle accru de la part d’une autorité indépendante ou de la Cour des Comptes.

- Réforme de la réserve parlementaire qui relève du clientélisme, en instaurant par exemple des comités citoyens.

- Réduction du nombre de députés à l’Assemblée tout en leur octroyant davantage de moyens, notamment en terme de collaborateurs.

- Amélioration du statut des collaborateurs qui n’ont pas la reconnaissance institutionnelle et juridique suffisante, avec une sécurisation de leur contrat, leur parcours et un meilleur encadrement de leur licenciement.

Ces pistes sont loin d’être exhaustives et montrent surtout que nous sommes à l’orée d’une ère certainement positive sur notre fonctionnement, avec un vrai renouvellement des pratiques dans un sens plus éthique. C’est mon souhait.

 

 

 

 

 Avec l'aimable participation d' Aurélien Barbé collaborateur parlementaire à l'Assemblée Nationale auprès du député du Gard, Patrice Prat. 

 

Article publié le : 07/02/2017

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